Comment est fabriqué le tissu wax ?


Le wax n’est pas une invention néerlandaise. Ni africaine…

Ce sont les Indonésiens qui, avec le batik, ont imaginé ce processus d’impression utilisant la cire.

Quand Pieter Fentener van Vlissingen reprend la fabrication du coton de son père, à Helmond, aux Pays-Bas, et ouvre une usine textile en 1846 (Vlisco),il importe la technique de cette colonie néerlandaise d’alors, industrialise sa production, puis vend les tissus moins chers en Indonésie.

L’Afrique, déjà friande de batiks, découvre le wax hollandais presque par hasard, dans les ports où les navires néerlandais font escale. Très vite, les pays du golfe de Guinée deviennent les plus gros clients de Vlisco.

Une origine à Java ??

source:http://kumeokmemehdipacok.blogspot.fr/

Les origines du batik remontent à un peu plus de mille ans, et cette technique d’impression, utilisant « l’épargne », se retrouve dans plusieurs communautés d’ Afrique de l’ Ouest, du Moyen Orient et d’Asie.

Le mot “batik” vient du javanais “titik” qui signifie “faire des points” en référence au mode d’application traditionnelle de la cire, souvent déposée sur le tissu par goutelettes qui forment des points

Le principe du batik consiste :  Dessiner sur le tissu le motif final à reproduire (cette opération n’est pas indispensable) ;

Sur un tissu blanc, en coton ou en soie, l’artiste dessine le motif désiré à l’aide d’un calque. C’est une étape relativement longue, de 3 jours pour un motif simple à 1 semaine pour un motif plus complexe.

1 – Protéger des zones du tissu contre la coloration par l’application de la cire chaude :

Durant cette étape, la cire chaude est appliquée à la main à l’aide de petits instruments en bambou, les canting. C’est un travail qui requiert une grande minutie et est plutôt réservé aux femmes. Les hommes s’occupent de tamponner les tissus blancs pour y appliquer directement les motifs à la cire (batik fait au tampon). Dans les deux cas, les parties qui doivent être conservées en blanc sont recouvertes de deux couches de cire sur les deux faces pour ne pas être imprégnées par la teinture. La cire est constituée de paraffine, de miel et de graisse animale (vache).

2 – Appliquer des couleurs par trempage dans des bains de teinture ou en appliquant des teintures directement sur le tissu ;

Deux méthodes différentes sont employées pour teindre le tissu. Soit le trempage (5 à 10 minutes), soit l’application au pinceau de couleurs généralement naturelles (à base de bois ou de plantes). Lorsqu’on peint le tissu on peut jouer à nuancer la couleur en grattant certains endroits de la cire.

3 – Recommencer les opérations 2 et 3 successivement pour chacune des couleurs en allant des couleurs claires aux plus foncées ;

On rince le tissu en coton en le faisant bouillir dans de l’eau (20 à 30 minutes) ou le tissu en soie dans de l’essence (3 à 5 heures). Ainsi une fois le tissu rincé, la cire fond et laisse place à la couleur blanche.

4 – À la fin : à ôter la cire, soit avec un fer à repasser, soit par trempage dans l’eau bouillante.

Le procédé est aussi appelé « en réserve de cire », ou « coloration par épargne ».

Des procédés complémentaires peuvent être utilisés : emploi d’un fer chaud (au motif parfois complexe : dragon par exemple) pour ôter la cire aux emplacements d’une coloration (souvent pour faciliter le copiage de motifs répétitifs), simple brisure de la cire pour obtenir de fines lignes, grattage partiel pour obtenir des dégradés, etc.

 

Image associéeMotif Batik

Finalement on obtient un tissu où se mêlent différents tons ou contrastes juxtaposés ou superposés, formant toutes sortes de motifs.

Le batik à une place culturelle très importante aux yeux des Indonésiens. Il possède de nombreuses significations en fonction de ses motifs et couleurs. À chaque étape de la vie correspond un batik (naissance, remise de diplôme, mariage, mort). Les Javanais associent également un type de batik à une ville ou une famille de sultan.

Il a d’ailleurs été inscrit en 2009 sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Pendant un siècle, ce sont les motifs javanais qui vont régner en maître.

Wax VS Batik

Usine Vlisco, Pays Bas.

Au fil des années (et des siècles), la technique traditionnelle et artisanale, utilisée pour fabriquer du batik, s’est largement mécanisée et automatisée pour fabriquer le wax. Mais, malgré cette automatisation, le wax garde une dimension artisanale qui renvoie toujours à ses origines.

On a recours, en effet, à la même technique ancestrale de motifs en réserve appliqués à la cire ou à la résine et révélés par les bains de teinture. Comme nous l’avons vu précédemment.

Dès la fin du XIXe siècle, les colons inventent des systèmes et des mécanismes pour réduire les temps de production. Les dessins sont alors gravés sur des planches. Cette technique est dite « javanaise » : les dessins sont tracés à l’aide de fil de cuivre sur ces blocs de bois.

 

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Un ouvrier coud des ourlets de pagnes sur une chaîne de production de l’ usine

On utilise aussi des cylindres, qui sont ensuite enduits de cire ou de résine. Les dessins sont apposés sur le tissu en faisant tourner ces cylindres. La cadence de production s’accélère alors. Les autres couleurs sont ajoutés au tampon. Des machines spéciales ont également été conçues pour maîtriser l’intensité et la densité des craquelures qui sont un moyen de s’assurer qu’il s’agit bien d’un morceau de wax.

Si vous comparez deux pièces avec le même motif, l’effet veiné sera effectivement différent. De plus, comme le tampon n’est pas apposé de manière identique, cela créée des imperfections. Il y a un décalage entre motifs et mises en couleur.

Des faux sont d’ailleurs élaborés et vendus comme s’ils étaient des wax alors qu’il s’agit de copies. Les créations originales imprimées sur une seule face sont appelées fancy. Elles sont habituellement produites par des industries textiles africaines et elles sont moins chères car il n’y a qu’une seule impression.


Image associée

Usine Tex-ci Gonfreville Bouaké, située sur le site de GONFREVILLE) est spécialisée dans la fabrication de pagnes FAncy et de pagnes de céremonies

C’est, en effet, la multiplication des manipulations qui fait augmenter le prix. Vous l’avez compris, le nombre des manipulations dépend du nombre de couleurs à apposer qui nécessitent parfois de faire des applications supplémentaires manuelles ou mécaniques avec des blocks ou d’autres méthodes d’impression du dessin.

À l’usine Vlisco, certains tissus subissent un nombre impressionnant de manipulations ce qui augmente le prix et rend les dessins difficiles à copier.

C’est évidemment en contradiction avec l’idée d’une industrie : la réduction du coût de production par la mécanisation a rendu les tissus plus abordables mais ils constituent également un bien de luxe car les fabricants créent des motifs uniques, nouveaux et exceptionnels, utilisent du coton de qualité et multiplient les traitements.

Cliquez ici pour lire l’article : les 4 types de wax 

Les colons ont fait une exploitation esthétique de certains inconvénients comme les craquelures et les bulles. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquels les Indonésiens ont rejeté les productions européennes alors que c’est justement ce qui a séduit les Africains. C’est la célèbre « parfaite imperfection », celle qui fait que chaque pan de tissu est unique, a sa propre individualité. Les imperfections demeurent, le tissu est semblable à celui d’un artisan qui réalise des étoffes à la main. Cette technique offre en tout cas des possibilités infinies et des effets uniques et inimitables.

Le wax est arrivé en Afrique au cours du XIXe siècle. Au fil des années, il a été adapté pour plaire aux Africains et pour qu’ils se l’approprient tant au niveau des motifs mais aussi au niveau des dimensions.

Le wax, c’est d’abord un motif, un dessin et un bon dessin franchit les frontières et  traverse le temps en connaissant de nombreuses déclinaisons. Les archives sont les sources d’inspiration par excellence. Les motifs à succès sont combinés, modernisés, adaptés en un jeu subtil de correspondance et de style.

Puis d’autres références vont enrichir le répertoire des fabricants dans le courant du XXe siècle : objets traditionnels, biens de consommation, représentations florales et animales, figures abstraites ou figuratives.

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Une wax commémorant la venue du président Obama

Les étapes de la fabrication du wax

Dans son livre intitulé Wax & Co. Anthologie des tissus imprimés d’Afrique, Anne Grosfilley résume le procédé de teinture du wax en six étapes fondamentales. La transformation d’une cotonnade blanchie nécessite au total une vingtaine d’opérations qui demandent plusieurs lavages et séchages.

Les deux faces sont traités de la même manière, il n’ y a donc pas un endroit ni un envers sur le textile qui ont été manipulés suivant ce procédé.

Étape 1

On imprime sur les deux faces d’une toile de coton blanchie une couche de résine. Il s’agit en fait du dessin en négatif qui est gravé sur les rouleaux d’impression en cuivre. Le dessin est donc blanc, non recouvert de résine.

Étape 2

Le coton est ensuite trempé dans un bain de couleur. Le dessin, non protégé par la résine, est alors teint sur les deux faces. C’est ce que l’on appelle le print.

Étape 3

On lave le tissu dans un bassin, ce qui provoque des craquelures. La résine s’élimine partiellement, ce qui crée de nouvelles plages partielles où la couleur pourra s’infiltrer. On appelle cette étape le cracking.

Étape 4

On applique les couleurs à l’aide d’un tampon, appelé block, sur une seule face de l’étoffe. La couleur qui pénètre le tissu apparaît avec éclat sur l’autre côté.

Étape 5

On supprime la résine sur les deux faces. Cette étape révèle l’effet veiné obtenu par cracking dans le fond du dessin.

Étape 6

On ajoute la dernière couleur, procédé appelé solid. Cette impression est exécutée sur une zone totalement débarrassée de résine.

Anne Grosfilley décrit ainsi les principes étapes pour obtenir un wax, à l’exception du bubbling, qui consiste à préserver de petite bulles de résine lors d’un lavage distinct de celui du cracking pour créer des petites bulles blanches sur le tissu.

Le procédé de fabrication impose aux dessinateurs des contraintes notamment sur le tracé et le positionnement du dessin noir sur le fond blanc. La cire est friable donc les contours des motifs sont limités par une épaisse ligne blanche. Pour éviter de laisser de grande zones blanches, le fond est garni de petits motifs (ondulations, crochets, etc.).

Une équipe de styliste travaillant sur les imprimés wax dans l’ usine Uniwax en Côte d’Ivoire

Pour conclure:

Chaque année Vlisco (principal producteur de wax) écoule 70 millions de mètres de cet emblématique imprimé dont 90% en Afrique.

L’usine d’Helmond emploie 800 ouvriers dont des graphistes, designers, il peut y avoir jusqu’à 27 étapes de fabrication pour le « super-wax » 

800 motifs différents sont en stock et défilent sur des sortes de rotatives comme les pages d’un journal, 24h/24, 7j/7….

Si les coupons de tissu sortent de l’usine pour être emmenés dans le port de Roterdam à destination de l’Afrique, flanqués de simple numéros de série, il n’en est pas de même à leur arrivée.

En Afrique ils vont prendre des noms de personnalités (« le sac de Michelle Obama »…), de situations quotidiennes (« L’œil de ma rivale », « mari capable »….), ou plus improbable le nom d’un médicament à la mode « Paracétamol »…Mais ca, on en reparlera dans un prochain article 😉

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Aujourd’hui, le wax reste international: porté en Afrique, imprimé aux Pays-Bas, tissé en Chine, avec un coton acheté à des pays d’Asie du Sud ou… d’Afrique, Bénin, Zambie ou Côte d’Ivoire.

La boucle est bouclée !!

Voir la collection de vêtements wax : WAX. BY .MONA

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