Comment le film Black Panther a influencé la mode ?

Comme évoqué dans l’article précédent ; « Le wax, une matière tendance. Comment à t’il franchi les frontières de l’Afrique », on peut remarquer que le continent africain est désormais « bankable ». Les grands créateurs occidentaux avaient déjà saisi le potentiel créatif de la multiplicité culturelle panafricaine, et s’étaient précipité à les intégrer dans leurs collections par l’utilisation des milles et un tissu et motifs existants (wax, bogolan ou du kanté….) bien avant le film Black Panther.

Rappelons que Black Panther est un super-héros, créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1966, originaire du Wakanda, un pays d’Afrique imaginaire dans l’univers Marvel.

Le film propose une vision différente du super-héros classique, un univers wakandais bercé de multiples influences africaines mais aussi des costumes uniques en leur genre, avant-gardistes profondément enracinés dans la tradition africaine.

Le Wakanda étant une cité fictive africaine, le défi était donc de créer une garde-robe qui ne tombe pas dans le cliché. Il faut rendre hommage à la costumière Ruth E. Carter, car son travail semble aussi juste que possible. Cette Afro-Américaine compte plus de 40 films à son actif. Elle a supervisé la création de costumes de différentes époques, dans des films tout à fait variés. Elle a également été nommée deux fois aux Oscars pour son travail sur Malcom X (1992) et Amistad (1997).

La costumière Ruth E. Carter a ainsi fait son marché notamment au Nigeria ou en Afrique du Sud pour habiller ses héros, avec des guerrières rasées qui portent des uniformes rouge et or moulants ou la reine Ramonda et ses robes bustier.

Aidée par une équipe de près de cent personnes (illustrateurs, designers, fabricants de bijoux, etc), les costumes allient audacieusement tradition et modernité, implantant des tenues et accessoires en partie ancestraux dans un futur ultratechnologique. Le style inédit qui en résulte est appelé Afrofuturisme.

Pour l’élaboration des costumes,Ruth E. Carter fait appel à plusieurs designers africains comme le nigérien Iriké Jones, directeur créatif de la marque Oyéjidé, qui remet au goût du jour l’étole de soie portée sur une épaule à la manière de T’Challa, prince héritier du Wakanda. Elle sollicite également le savoir-faire de créateurs afro-américains comme Douriean Fletcher, qui conçoit les bijoux de chaque personnage, pièces uniques créées exclusivement pour le film.

On y retrouve également le kenté, tissu du Ghana, des turbans touaregs, des couvertures basothos du royaume du Lesotho, un agbada porté par les Dagombas, principalement établis dans le nord du Ghana, etc.

Avec son équipe d’une trentaine de stylistes et d’acheteurs, elle s’est intéressée autant aux savoir-faire ancestraux des Dinkas au Soudan, des Himbas en Namibie, des Massaïs en Afrique de l’Est, des Touaregs au Sahara central et des Zoulous en Afrique australe que des sapeurs congolais et du festival Afropunk.

Carter s’est également inspirée du meilleur de la mode contemporaine du continent et de la diaspora comme l’Anglo-Ghanéen Ozwald Boateng, le Sud-Africain Laduma Ngxokolo, les Nigérians Duro Olowu et Walé Oyejide.

La costumière explique que son choix de retourner aux sources traditionnelles d’Afrique traduit sa volonté de mettre en avant l’esthétique africaine, peu fréquemment représentée à Hollywood, – ou du moins en en occultant bien souvent la diversité. Elle a le souci de la justesse dans ses costumes et affirme faire systématiquement référence à une culture du Continent lorsqu’elle emploie une couleur, une matière ou une forme spécifique. De plus, l’optique de créer des costumes inédits, complètement vierges de toute influence coloniale, représentait pour elle un véritable défi qui l’a immédiatement inspirée.

La teinte vive de la tunique des Dora Milaje vient des rouges vifs que la costumière a vus pendant ses voyages en Afrique du Sud. Le riche cuir, paré d’attaches et de liens solides formant une seconde peau texturée pour les guerrières, a été méticuleusement travaillé selon une technique séculaire qu’elle a découverte pendant ses recherches.

Les marques en chevron sur l’armure des guerrières connues sous le nom des Doja Milaje, imite la géométrie et l’imagerie sacrées présentes sur des œuvres d’art africaines. Les ouvrages de perles sont une indication du statut marital…

Tremplin pour les créateurs

Pour son cinquième jour, la Fashion Week de New York a fait une incursion dans le monde du cinéma avec une collection inspirée sorti le mercredi 14 février 2018.

Une petite poignée de stylistes de la diaspora a pu jouir d’une exposition mondiale en concevant une collection inspirée de Black Panther. Walé Oyéjidé était l’un d’eux, tout comme la Britanno-Nigériane Tolulope Aremu, laquelle a imaginé une création en ankara, somme toute très éloignée de l’imaginaire de Black Panther, où aucune référence au tissu importé par les Hollandais ne figure – la prospérité du Wakanda tenant en partie à l’absence de passé colonial.

Un tremplin pour ces créateurs qui espèrent ainsi accéder aux fashion weeks internationales pour vendre leurs créations au plus grand nombre.

Si l’événement n’était pas inscrit au calendrier officiel, il aura marqué la journée, attirant plus de mille personnes, dont une bonne partie n’a pu accéder à l’événement. La Fashion Week n’était pas qu’un prétexte pour cette présentation, car à la différence de tous les autres films de super-héros, “Black Panther” a fait une vraie place à la mode.

Ce film à également eu une incidence notoire sur les créations de la marque Wax.by.Mona, qui reprend sur certains aspect les codes du vestiaire wakandais.

Pour autant, l’impact de Black Panther se joue aussi sur le continent africain. La styliste ougandaise Natasha Simma n’a pas tardé à récupérer la labellisation #WakandaStyle pour valoriser ses créations sur les réseaux sociaux. Sa marque a suscité l’intérêt auprès de la population locale.

Il serait exagéré de prétendre que Black Panther a eu un impact direct sur l’économie africaine de la mode. En revanche, il a mis en valeur une certaine excellence noire et permis à de nouveaux créateurs africains de surfer sur le battage médiatique pour faire connaître leurs marques.

Grâce aux costumes des personnages de « Black Panther », la mode dite africaine bénéficie d’une exceptionnelle exposition dans le monde entier.

En plus d’être une aventure fantastique et un régal pour les yeux, Black Panther donne aux spectateurs un peu de “contexte réel” sur l’Afrique du Sud, et un sentiment d’espoir dans une société souffrant d’un manque de parité.

Wakanda rompt aussi avec le stéréotype de l’Afrique victime et sinistrée en imaginant une contrée riche, jamais colonisée, qui accueille les réfugiés de nations plus pauvres. L’impact de Black Panther dans l’imaginaire de jeunes noirs peut ainsi être comparé à celui qu’a eu la présidence de Barack Obama: grâce à lui «les enfants noirs dans le monde pensent “je suis capable de faire ça parce que lui l’a fait”».

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